Le Nénuphar

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Le Nénuphar

1/10/2016

Chloé Renault

Hors-champs

A l’occasion de la semaine de l’innovation publique, le CGET, Futurs Publics, le CNAM et Codesign-it ont eu le plaisir de présenter le livre Le Lab des Labs. Un ouvrage qui compte déjà 277 contributeurs et qui ne demande qu’à en rassembler davantage ! 

Lundi 25 novembre dernier, il y a foule au Lieu de la transformation publique : des équipes de Labs, des designers, des chercheurs, des acteurs de l’innovation publique, privée ou associative...

“Associer le secteur public et le secteur privé dans la communauté des Labs et dans cet ouvrage est quelque chose dont nous sommes très fiers”

Catherine Foliot, membre de Codesign-it 

Le livre Le Lab des Labs est le fruit de deux “brins d’ADN” : 

  1. L’expérience accumulée de nombreux acteurs de Labs, et l’idée de les faire se rencontrer pour échanger et produire ensemble des contenus. Cela depuis environ une quinzaine d’années, à l’apparition des premiers Labs en France. 
  1. Les Communs : une production open source, destinée au plus grand nombre, sans présupposer de ce que les lecteurs auraient envie d’en faire. L’envie que d’autres s’emparent de ces contenus pour se les approprier, les déformer, les réinventer, leur donner d’autres formes, les compléter, s’en servir et les partager à leur tour.

“ Le livre est sous licence CC BY SA ; et c’est très important pour nous ! C’est une licence Creative Commons qui permet une très large réappropriation ; qui permet à tous de l'utiliser comme ils le souhaitent. À deux conditions : perpétuer cette licence s’il y a des nouveaux contenus créés, et toujours citer l’origine pour qu’on puisse tracer les chemins que prennent ces connaissances et ces supports. Qu’on puisse documenter la diffusion, l’essaimage de ces productions, et reconnaître ceux qui y ont contribué.” 

Greg Serikoff, membre de Codesign-it

Les premières lignes du livre ont vu le jour au Lab des Labs #2 en décembre 2018. C’était la deuxième édition de cette rencontre annuelle de la communauté des Labs invitée par le collectif Codesign-it. L’idée du livre Le Lab des Labs y est lancée et plébiscitée par les 90 acteurs présents pour l’occasion.  Un mois après, la même proposition est faite  aux 70 participants de la journée Futurs publics “Un lab…et après ?” au 110 bis - le Lab de l’éducation nationale et de la jeunesse. Depuis les contributions n’ont fait que s’additionner. En février 2019, le livre, à l’état de maquette, est mis en ligne et proposé à la relecture. Toutes les pages du livres étaient ouvertes et chacun a pu contribuer là où il le souhaitait.

Sous la direction de Catherine Foliot et Greg Serikoff pour Codesign-it, ainsi que Manuel Zacklad pour le CNAM, le document partagé a évolué en live pour aboutir à sa version finale,  imprimée le 23 novembre dernier. 

Parmi les 277 contributeurs, on notera notamment l’effort exceptionnel de l’agence Ultragramme (Juliette Goiffon et Charles Beauté) qui a travaillé la structure visuelle et l’expérience de navigation proposée dans l’ouvrage; avec une forme qui sert le fond, pour en faire un ouvrage aussi beau qu’utile.

Manuel Zacklad, le regard du chercheur. Responsable académique du DipCo, (diplôme en innovation collaborative) et du programme de recherche « Observatoire des Labs », il est aussi professeur et directeur du laboratoire Dicen-IDF au CNAM. 

“ D’un point de vue socioéconomique, les Labs renvoient à ce bouleversement très large dans lequel nous nous trouvons : la fin du taylorisme et du fordisme. Les organisations publiques ou privées sont dans un contexte d'innovation intensive, et ont des dimensions servicielles très importantes qui doivent s’associer avec le foisonnement des applications numériques. La séparation entre la conception et l'exécution avec laquelle nous avons vécu pendant des années n’est plus tenable notamment dans les services à valeur ajoutée. Aujourd'hui les organisations cherchent à intégrer de manière plus organique ces deux fonctions. Elles demandent à de plus en plus de personnes de s’impliquer dans la conception. Elles s'interrogent sur la place à donner au numérique dans les innovations servicielles. 

Ce sont les enjeux que traversent la plupart des organisations publiques ou privées aujourd’hui. La conséquence est qu’il faut repenser des organisations du travail décentralisées et héritées du fordisme. Et les Labs relèvent d’une tendance à inciter une forme de réinvention transgressive de l'organisation. Historiquement, le mode projet avait été une première étape, mais il est aujourd’hui gangrené par un excès de processus, un excès de KPIs, et il a un peu perdu sa raison d’être initiale qui était d’être un apprentissage organisationnel tourné vers les clients. Aujourd'hui les gens vont dans le projet comme ils vont à l’usine. 

Les Labs et le mode Design prennent le relais de cet essoufflement. Dans les Labs, on a la synthèse du meilleur des courants managériaux des dix dernières années : des éléments d’apprentissage organisationnel, des éléments liés à la communication interpersonnelle et au coaching, au lean et à l’agilité, au design et à la créativité, au collaboratif.

Mais le phénomène des Labs est lui aussi menacé, car les entreprises adorent standardiser. C’est ce qui s’est passé avec le design thinking par exemple, qui est devenu comme une sorte de recette qu’on va pratiquer sans designer. Il faut montrer que le phénomène est vivant, qu’il évolue tout le temps, qu’il est basé sur des communautés d’acteurs qui se rencontrent et font des efforts de créativité au quotidien. ”

Le CGET représenté par Emmanuel Dupont a assuré au livre une existence physique, avec l’ambition de le diffuser dans les territoires en servant une communauté d’acteurs la plus large possible.

“ Nous sommes convaincus que les Labs ont un rôle à jouer dans la transformation de l’action publique et notamment sur les questions de territoires. Car ils permettent de s’affranchir des échelles pour anticiper le déploiement des politiques publiques et associer les parties prenantes. Ils favorisent l’articulation entre le niveau national et local. Ils sont également des outils et des dispositifs qui permettent de rassembler les acteurs et d’accompagner les projets d’innovation sociale au niveau des territoires (qui sont de très bons incubateurs pour ces projets sociaux). Enfin, les Labs portent une transformation des modes d'organisation et d’engagement dans le travail. Les ¾ des problèmes que nous avons à gérer dans les territoires sont générés par les modes d’organisation actuels. ”

Emmanuel Dupont, Responsable du pôle Stratégie de recherche et d'innovation à la CGET

Le livre est comme une boîte à outils. Il peut se lire de façon linéaire mais aussi en piochant dedans, car il est pensé par double pages. 

“ Le livre est relié sans reliure sur la tranche; c’est un détail auquel a pensé l’agence Ultragramme. On peut l’ouvrir complètement à plat sans l’abîmer. Il est donc photocopiable dans les meilleures conditions. Vous pouvez facilement les agrandir pour créer vos propres supports, canevas ou posters. “

Catherine Foliot, membre de Codesign-it

“ C’est fou comme la reliure d’un livre peut parler des communs !! “

Greg Serikoff, membre de Codesign-it

On se se repère aisément grâce au code couleur dans les marges, correspondant aux 4 « regards ». A tout moment, on sait qui parle : la communauté des acteurs de labs, un lab en particulier, les designers ou le chercheur.


Le livre cherche à couvrir exhaustivement tous les aspects d’un Lab, dans sa dimension systémique. Le sommaire est basé sur le modèle Lab Framework, qui montre toutes les composantes d’un Lab.

On retrouve comment faire correspondre ces composantes à l’intention des porteurs d’un Lab tout au long du livre, mais aussi dans les fiches de présentation de 17 Labs en fin d’ouvrage. « Ces fiches forment une photo de ces labs prise il y a quelques mois. » précise Greg Serikoff. “Tous ces dispositifs ont déjà évolué sensiblement, car les Labs évoluent très vite.”


277 contributeurs ont oeuvré pour ce Commun, et beaucoup d’autres sont encore attendus pour la suite. Déjà, en cette semaine de sortie, Les remarques, critiques, nouvelles contributions sont nombreuses et la communauté s’agrandit encore. 

La communauté est invitée à imaginer son avenir collectif, et commence déjà à proposer des pistes, au travers de thématiques et de modalités :

  • Comment structurer le réseau, s’identifier, se contacter ? 
  • Quelle visibilité externe pour le réseau ? Comment montrer l’utilité des labs ? 
  • Et si on créait un #labdeslabs sur les réseaux sociaux ?
  • Et si on se retrouvait sur certains sujets en plus petit comité ? 
  • Comment cracker des sujets d’éducation et de citoyenneté avec notre communauté ? 
  • Comment, au sein d’un Lab de territoire, initier des démarches aux financements à la fois publics et privés ? Quel serait le bon véhicule juridique pour cela ? 
  • Au vu de l’évolution si rapide des labs, comment poursuivre ces échanges plus régulièrement, au-delà du livre, en se rencontrant ? 
  • Comment dans une édition numéro 2 et à travers l’objet, montrer les évolutions et les changements apportés au livre ? Les anciennes et les nouvelles pages ? 
  • Comment le temps consacré à la communauté peut il à la fois servir la communauté mais également les problématiques de mon lab ? 
  • Comment aider une personne à répondre à sa problématique ? Par du co-développement  par exemple ? mais en se concentrant sur son sujet ? 
  • Comment arriver à construire des outils et des pratiques sur l’impact de l’innovation au-delà de nos organisations ? sur la société et l’environnement? 
  • Un syndicat des labs ? 
  • Comment les contributions au niveau de la recherche publique peuvent-elles s’arrimer  à la dynamique productive des Labs ? 

Le prochain rendez-vous de la communauté aura lieu en février 2020 avec le Lab des Labs #3 ! Une occasion pour approfondir ces propositions ? Si vous êtes acteur de Lab et souhaitez participer, contactez le collectif ! 


Si vous avez contribué au livre, un exemplaire imprimé vous est offert. Sinon, vous trouverez l’ouvrage en format digital et librement téléchargeable ici. Les achats en ligne du livre dans sa version papier seront aussi bientôt possibles.